LE SEPTIÈME CONTINENT

Par Yves MASSOT – Fait à Tours le 26 mars 2020

Mis à jour le 10 septembre 2022

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Mieux vaut prendre le changement par la 

main avant qu’il ne nous prenne à la gorge.

Winston Churchill

 

 

L’origine de toutes les pollutions : Que l’on ne s’y trompe pas, une majeure partie des pollutions de l’air, de l’eau, ou du sol sont de nature anthropique. Ajoutons à ce triste tableau, la détérioration de notre environnement par le bruit, la lumière, ou les ondes électromagnétiques. Les déchets deviennent un véritable problème de société, car leur quantité ne cesse de croître, leur variété nécessite des équipements différents et leur nocivité complexifie les traitements. Ces difficultés se retrouvent dans les activités de stockage, de valorisation ou d’élimination. Selon Rénald Wirght, le dernier siècle de notre existence a laissé derrière nous plus d’ordures que nous n’en avions produites pendant des millions d’années. Chaque Français génère cinq tonnes de détritus par an, ce qui engendre un coût de 122 € hors taxe par habitant.

Pour dépolluer un cours d’eau, il faut commercer à la source ; pour résoudre un problème, c’est la même chose. Pour y parvenir, l’adoption de mesures radicales, efficaces et durables est nécessaire voire obligatoire.

 

Les mauvaises décisions forgent un piètre avenir : Plutôt que de vouloir légiférer sur tout et n’importe quoi, le législateur devrait se pencher un peu plus sur la cause environnementale et prendre sans délai les mesures radicales pour endiguer toutes les formes de pollution. À titre d’exemple, l’ADEME considère que l’eau du robinet fait l’objet de contrôles réguliers, contraignants et rigoureux, car les normes sont très strictes. Elle coûte 100 à 300 fois moins cher que celle vendue en bouteille et permet d’économiser jusqu’à 170 000 tonnes de plastique par an. L’Allemagne, de son côté, pratique la consigne de toutes les bouteilles, ce qui incite les consommateurs outre-Rhin à rapporter les emballages, là où ils les ont achetés. 

Un peu de benchmark, de bon sens et de créativité, cela nous permettrait, très certainement, d’évoluer plus vite en la matière.

Depuis la directive européenne 92/75/CEE du Conseil européen du 22 septembre 1992, modifié le 1er mars 2021, les appareils électroménagers doivent être pourvus d’une étiquette pour informer le futur acquéreur de l’efficacité énergétique, sous forme d’histogramme, avec les lettres de A à G. Pourquoi ne pas aller au bout de la logique et interdire la fabrication et la distribution des catégories, E, F, G, très énergivore. 

 

Le septième continent : Ce vortex, formé par une grande concentration de déchets flottants, est drainé par les courants océaniques et est situé au nord-est de l’océan Pacifique. C’est en 1997 que le capitaine Charles Moore découvre cette poubelle géante et flottante. 

Quelques chiffres édifiants pour démontrer l’ampleur de la catastrophe :

  • 3,5 millions de kilomètres carrés (soit 6 fois la superficie de la France),

  • 750 000 débris par km2

  • Il est composé de plastiques à 90 %, 

  • 80 % des déchets proviennent de la terre par les fleuves, 

  • 267 espèces marines sont menacées.

Origine du plastique : C’est un polymère obtenu par moulage, façonné à chaud et sous pression, afin d’avoir un produit ou un objet. Aujourd’hui, certaines propriétés permettent d’acquérir la transparence et une bonne résistance aux chocs. Les plastiques se présentent sous de multiples formes : pièces, tubes, films, fibres, tissus, mastics, revêtements, emballages, etc. Ils sont présents dans d’innombrables secteurs, même dans les plus avancés de la technologie. À ce désastre flottant, il convient d’ajouter les textiles ainsi que les élastomères.

2040, un objectif de zéro emballage plastique

Les tubes de dentifrice, bidons de lessive, pots de yaourt ou encore bouteilles de shampoing ne feront plus partie de notre quotidien en 2040. D’ores et déjà, depuis 2021, un certain nombre de produits sont interdits à la vente comme la vaisselle uniservice, des pailles et gobelets, les emballages pour fruits et légumes, etc.  Avec ces dispositions, la France s’inscrit dès à présent sur une trajectoire vertueuse, afin d’atteindre progressivement le zéro plastique jetable. Voilà, en substance, les objectifs que s’est donnés le gouvernement.  

Obligation des grandes surfaces

Dans le cadre de la loi Grenelle 2, un article stipule : « au plus tard, le 1er juillet 2011, tout établissement de vente au détail de plus de 2 500 mètres carrés, qui propose en libre-service des produits alimentaires et de grandes consommations, doit se doter, à la sortie des caisses, d’un point de reprise des déchets d’emballage issus des achats dans cet établissement ».

Je ne connais pas beaucoup de magasins qui respectent cette obligation ! Lorsqu’on légifère sur des lois sans contrôle et sans pénalisation, c’est comme donner des coups d’épée dans l’eau…

 

Les lobbyistes : Le profil type du lobbyiste est du genre âpre au gain, sans foi ni loi, sans père ni mère. Il ne respecte rien, sauf l’argent que lui verse son client, une fois la mission accomplie. Pour en être persuadé, je vous propose de prendre connaissance des déclarations de Thierry Coste au journal Libération et à l’hebdomadaire Marianne, avec un aplomb dédaigneux et un cynisme désopilant : 

« Aujourd’hui, je suis un mercenaire. Je vais là où ça paie le mieux ». « Je n’ai pas de morale. Il n’y a pas beaucoup de gens qui l’assument, mais moi, complètement. Je défends des gouvernements étrangers qui sont des alliés de la France, et qui ont des comportements très douteux avec les droits de l’homme »,

Inutile de préciser que les lobbyistes des professionnels de l’emballage et du packaging ont dû s’agiter sérieusement afin que l’échéance du zéro plastique soit fixée à une date la plus éloignée possible, voire aux calendes grecques.

L’innovation : En période de crise, elle devient une planche de salut. La France est classée à la 16e place au niveau mondial selon l’indice WIPO. La lourdeur administrative et la mauvaise qualité du climat des affaires en sont les principales causes. Dans un chapitre précédent « Succession de crises ou changement d’ère », j’ai eu l’occasion de m’exprimer longuement sur la nécessité d’innover afin de sortir des différentes crises auxquelles nous sommes confrontés. Un peu de benchmarks chez nos voisins suisses ou suédois qui tiennent le haut du pavé en la matière nous permettraient de mieux aborder la thématique. Ce dont je suis persuadé, c’est notre incapacité à intégrer et à globaliser l’innovation dans nos concepts managériaux, organisationnels et collaboratifs que ce soit dans les domaines du privé, du public, ou associatif. La crise environnementale et énergétique nous sommes obligés à mettre les bouchées doubles.

La réglementation européenne sur la qualité de l’air a contraint l’industrie automobile à modifier leur motorisation et les équipements d’échappement. En conséquence, elle reste un levier essentiel pour lutter contre tous les types de pollutions. Autre exemple, parmi d’autres : la part du PIB que l’Europe consacre chaque année à la recherche et au développement est inférieure de 0,8 % à celle des États-Unis et de 1,5 % à celle du Japon selon une fiche thématique de l’Union européenne. 

Rétropédalage : La politique du tout jetable n’est plus acceptable. La génération dite « Klennex » qui répétait à satiété ; je prends, je consomme, et je balance, n’est plus soutenable ! Revenir aux fondamentaux est une obligation et se poser les vraies questions un devoir : l’emballage est-il indispensable à sa vente et si oui, est-il recyclable ? La vente en vrac regagne ses droits dans certains magasins et supermarchés ce qui a trois vertus ; on achète le strict nécessaire, c’est sans emballage et ça coûte moins cher. Par ailleurs, une nouvelle économie est en train de naître ; le deuxième usage ! 

Malheureusement comme la loi ne désigne pas les organismes chargés de faire appliquer ni les sanctions encourues, cette obligation n’est pas observée. Conclusion, les grands ténors de la distribution ne respectent pas les dispositions de cette loi, bien qu’ils se prétendent être les chantres de l’écologie et du développement durable. Dernièrement, j’ai acheté des cartouches d’encre pour mon imprimante. Impressionné par la quantité de déchets générés par ce produit, j’ai demandé́ au vendeur quelle en était la raison. « Les vols, monsieur, c’est à cause des vols ! » m’a-t-il répondu d’un air indigné comme si ma question était sotte et saugrenue. 

La durée d’un produit : Tout produit naît, vit et meurt ; sa vente varie dans le temps selon une courbe de Gauss.

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Lorsque la vente du premier commence à s’étioler, l’installation du suivant sur le marché s’impose, au risque de faire chuter le chiffre d’affaires et de fragiliser toute la chaine de valeur nécessaire à sa fabrication (Courbes P1, P2 et P3 ci-dessous). 

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La société Qualtrics nous explique sur son site Internet que le développement d’un produit sur le marché nécessite d’aborder les six phases de son cycle de vie.

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Le temps de présence dudit produit sur le marché est essentiellement variable, mais les critères les plus déterminants sont sa qualité et sa réparabilité. L’obsolescence programmée est une véritable arnaque et c’est une mauvaise appréciation du marché de demain. Le consommateur ne doit plus céder à l’effet de mode, du clinquant et du tape-à-l’œil. La durabilité aura une répercussion directe et bénéfique sur la gestion des ressources des matières premières et sur l’énergie. 

Enfin et contrairement aux idées reçues, le prix n’est pas le premier critère de choix du consommateur. Selon le CREDOC, l’hygiène et la sécurité viennent en premier suivi par la qualité du service après-vente et en troisième position la fabrication française ; le coût arrive en quatrième position. 

Conclusions : Le consom’acteur, l’écoresponsabilité, les associations de consommateurs, les sites de comparaison de prix et de prestations, les organisations écologiques et tous ceux qui ont compris que le changement était obligatoire doivent se mobiliser pour faire pression auprès des pouvoirs publics, des politiques et des industriels pour faire évoluer les choses le plus rapidement possible. 

Le succès commercial de demain sera réalisé par les entreprises qui proposeront des produits respectant les impacts environnementaux, développeront un marketing de l’empowerment* et une gestion des ressources humaines moderne et ambitieuse. 

Empowerment* : Dans ses versions radicales et féministes, l'empowerment désigne un « processus sociopolitique » qui articule une dynamique individuelle d'estime de soi et de développement de ses compétences avec un engagement collectif et une action sociale transformative.

 

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