La Smart Building

Dernière mise à jour : août 29

Les bâtiments font la ville

et les citoyens font la cité.

Jean-Jacques Rousseau

Mis à jour le 28 avril 2021

Préambule : Grâce aux nouvelles technologies, à l'intelligence artificielle, à la robotique et à l'automatisation, la Smart Buiding appelée aussi le bâtiment communiquant ou mieux encore le bâtiment intelligent poursuit inéluctablement son évolution, car son environnement est lui aussi en pleine mutation (Smart-City). La transition énergétique et le réchauffement climatique sont les deux mâchoires de l’étau qui, au gré du temps, se resserrent petit à petit sur la conceptualisation des constructions de demain. Vu l’état de vétusté de certaines bâtisses, il vaut mieux enclencher les bulldozers, démolir les passoires thermiques sans intérêt patrimonial ou historique, dépolluer les sols et concevoir l’architecture du futur ; c’est ce que je vous propose d’évoquer maintenant.


Mutation cornélienne : Le bâtiment a subi ces dernières années moult transformations comme les réglementations thermiques de 2012 et 2020. Ajoutons toutes les réglementations liées à la lutte contre l’artificialisation des sols, à l’inondabilité (Plan de Prévention des Risques d’Inondation), à l’électricité, à la sécurité et protection incendie, aux conditions d’accessibilité des PMR, aux choix des matériaux ininflammables, au renouvellement de l’air intérieur, à la limitation de l’usage de certaines colles et peintures, à l’aménagement de garages à vélo et locaux communs de service, la détection et l’évacuation du plomb et de l’amiante pour la rénovation. À cette liste, s’ajoute également les contraintes liées aux PLU et PLUi ainsi que toutes les autres réglementations locales et territoriales. Elles constituent le code de la construction et de l’habitat et ont eu pour effet d’augmenter considérablement le coût de la construction de 15% en 10 ans en franc constant. En contrepartie, le gain de productivité de la profession progresse et limite la flambée des prix.


Les nouvelles technologies à la rescousse : le développement des activités du numérique a été déterminant dans l’évolution du bâtiment. Jusqu’alors, deux appellations étaient usitées : la gestion technique du bâtiment applicable aux constructions du secteur commercial, tertiaire et industriel et la domotique pour la maison individuelle et le logement. Le développement de ces technologies a commencé par les installations techniques (électricité, chauffage, climatisation) puis a évolué sur d’autres équipements comme l’anti-intrusion, la vidéosurveillance, l’interphonie, la protection incendie, l’ouverture et la fermeture des ouvrants, l’arrosage automatique, etc. Les courants faibles (24 volt) destinés à transmettre les informations était le seul point commun entre tous ces services. Les courants forts (220 volt) ont pour vocation de distribuer l’énergie électrique. Deux tensions, deux réseaux, deux technologies !


Interopérabilité entre les systèmes connectés : la GTC et la domotique se sont développées au gré du temps avec des systèmes propriétaires c’est-à-dire qu’ils sont fermés à l’intervention de tiers et interdisent de ce fait toute modification et l’interopérabilité avec d’autres éléments. Le numérique, les courants faibles et le smart building, la fibre optique, la 4G et maintenant la 5G vont bousculer tout ce petit monde afin qu’à travers une seule et même centrale, on puisse piloter, contrôler et gérer l’ensemble des fonctionnalités du bâtiment. Grâce à l’isolation, aux nouveaux modes de chauffage, de rafraîchissement, de ventilation et la smart building, nous allons enfin mettre sur le marché le bâtiment à énergie neutre, voire positive... C’est l’enjeu pour notre planète !


Intégrer, mesurer, compter, organiser, contrôler, analyser, conseiller, comparer : comme l’usager n’est pas technicien, il a besoin d’aide et de conseils dans la gestion de son patrimoine bâti. Pour le collectif, on passe aisément par des contrats d’entretien ou de maintenance de différentes économies. Dans tous les cas, on a besoin de maîtriser les ressources énergétiques entrantes et sortantes. C’est ainsi qu’on a vu arriver sur le marché des compteurs avec relève à distance pour l’eau, le gaz (Gazpar) et l’électricité (Linky) et maintenant les compteurs de calories avec à la clé la dématérialisation de la facture et du diagnostic énergétique. Le nombre d’exemples sur les bienfaits du comptage ne manque pas. Un bailleur social m’a révélé avoir réalisé 30% d’économie sur la consommation d’eau en passant d’une tarification forfaitaire au comptage individuel. Le portefeuille, c’est la corde sensible du consommateur et il faut savoir en jouer...

Le compteur Linky a fait polémique et a été critiqué par bon nombre de personnes. Je n’ai jamais pu comprendre d’où venait ce vent de fronde. À cet égard, on peut relever les décisions de la justice qui n’ont pas manqué de rappeler les dispositions de la loi. Outre le fait d’intégrer le comptage dans le concept du Smart Building, il faut souligner deux autres avantages essentiels. Le manque d’intérêt des emplois des agents chargés de la relève in situ et la nuisance environnementale de leurs déplacements ; tout ceci n’est plus dans l’air du temps. Ça me rappelle les poinçonneurs de tickets dans le métro…


Un immobilier inclusif pour une ville inclusive : La pandémie a mis en exergue les difficultés de la gestion sanitaire dans les EHPAD et la dramatique solitude des séniors. Pour avoir visité un certain nombre d’établissements au cours de mon mandat d’adjoint au Maire de Tours, je comprends aisément le farouche besoin des plus anciens à vouloir rester chez eux. La perte d’autonomie progressive, mais irréversible est-elle compatible avec le maintien à domicile de nos aînés ? Les architectes d’intérieurs (les vrais) et les ergothérapeutes développent une thèse intéressante qui consiste à inciter les personnes âgées à faire de l’exercice et en particulier à monter les escaliers, marcher, bricoler, danser, etc. L’action est encore le meilleur antidote à la solitude. Mais lorsque la perte d’autonomie s’impose définitivement, il y a lieu de trouver des artéfacts. Les personnes à mobilité réduite ont très exactement les mêmes difficultés et c’est ainsi que Yves DAUGE, ancien maire de Chinon, a créé l’institut du Mai à Chinon. Cet organisme équipe des appartements d’automatismes, de mécanismes et d’agencements de nature à permettre aux pensionnaires de vivre en parfaite autonomie. Une période de formation leur est proposée dans l’établissement afin de mettre tout en œuvre pour arriver à un résultat satisfaisant dans leur futur logement. C’est en visitant cet institut que j’ai été convaincu définitivement du développement des TIC et de l’intelligence artificielle au service de l’homme, du bâtiment et de la ville inclusive. J’étais à l’époque vice-président de la chambre de commerce et d’industrie de Touraine et j’ai initié un groupe de travail d’entrepreneurs à se fédérer autour de la thématique « l’habitat de demain ». Cette idée a fait son chemin et aujourd’hui, le cluster NOVÉCO, fort d’une cinquantaine d’entreprises, continue à fédérer leurs savoir-faire, promouvoir le bâtiment de demain, innover et développer leur activité.


La rénovation énergétique de Challenger : Challenger est le siège emblématique de Bouygues à Saint-Quentin-en-Yvelines ; il a bénéficié de 2010 à 2014 d’un important programme de rénovation. À la pointe du confort et de la modernité, conforme aux normes environnementales les plus exigeantes, c’est une véritable vitrine révélant tout le savoir-faire du Groupe, et l’un des tout premiers bâtiments tertiaires rénovés à énergie positive.

Les points essentiels et les chiffres clés (site Internet de Bouygues) :

  • Isolation : 24 000 m² de nouvelles façades dont 88 % sont des façades vitrées à double peau à très haute performance thermique.

  • Énergie solaire : 25 000 m² de panneaux photovoltaïques posés sur le site, dont 300 panneaux solaires hybrides à haut rendement.

  • Chauffage : le chauffage des bâtiments a pour source primaire exclusive l’énergie naturellement puisée dans le sol (géothermie) et dans l’air (aérothermie).

  • Jardins filtrants® : mise en place de jardins filtrants®, zones humides assurant naturellement l’épuration des eaux pour les réutiliser sur le site (entretien des espaces verts, sanitaires, etc.) et le développement de la biodiversité locale.

  • Amélioration du confort thermique, acoustique, visuel et olfactif des open space.

  • Développement d’un programme spécifique pour laisser dériver le bâtiment entre deux températures avec déclenchement du chauffage ou de la climatisation lorsque la température du bâtiment est inférieure à 21°C ou supérieure à 25°C)

  • Conception d’un système hybride de production d’eau chaude et d’électricité à l’énergie solaire avec une garantie de non-surchauffe du système

L’émergence des nouveaux métiers du bâtiment : les nouveaux métiers vont intervenir à trois étapes dans le cycle du Smart Building et dans l’accompagnement de la maîtrise d’ouvrage, précise François-Xavier Jeuland, Président de la Fédération française de la Domotique. Selon lui, et en résumé, il y aura trois strates d’intervention :

· le conseil avec l’assistance à maîtrise d’ouvrage smart building.

· L’intégrateur, lui va être au cœur de l’étude et de l’intégration des équipements smart au bénéfice du bâtiment connecté. Pour la maintenance, les mises à jour, l’évolutivité sur le long terme du Smart Building, on va faire appel à des opérateurs de service, pour s’assurer au fil du temps de son efficacité, son efficience et son adaptation permanente.


Conclusion : Lorsque l’on parle économie d’énergie avec devis à l’appui, le client ne s’y retrouve pas du tout ; le montant est exorbitant et le temps de retour bien trop long. C’est bien pour cette raison que ce marché a beaucoup de difficulté à se développer. Donnez-moi un point d’appui et je soulèverai le monde disait Archimède. La réglementation est un excellent levier pour faire évoluer les mentalités, car avec ce moyen, il y a moins d’états d’âmes et d’atermoiements. La suppression de l’alimentation en fioul domestique pour 2025 commence à porter ses effets. La loi ÉLAN a pour objectif de réduire la consommation énergétique des bâtiments tertiaires de plus de 1000 m2 de 60% entre 2010 et 2050. Je sais pertinemment que ce ne sont pas des mesures très populaires, mais surfer sur des sujets comme la transition écologique et énergétique, c’est de l’irresponsabilité, car on engage les générations futures à de tristes destinées.


Dernière minute : Selon un communiqué du 23 juillet 2020, Dassault Systèmes et Bouygues Construction annoncent ce jour la prochaine étape de leur engagement de long terme en vue de réinventer le secteur de la construction pour le rendre plus efficient et plus durable. Bouygues Construction a choisi la plateforme 3DExperience sur le cloud de Dassault Systèmes pour mener sa transformation métier et accroître la productivité de ses projets de construction. Cette deuxième phase succède aux phases initiales de numérisation et d’automatisation des processus de Bouygues Construction.


Les citoyens attendent de nouvelles approches en matière d’urbanisation et une plus grande attention à la durabilité. Or, le secteur de la construction doit faire face à des problématiques de productivité, tant en raison de la complexité des projets que de la fragmentation des métiers. La transformation numérique permet de soutenir une économie à la fois plus durable et circulaire, en partageant les connaissances et savoir-faire dans toute la chaîne de valeur, et en donnant naissance à de nouveaux modèles économiques.


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