La transition numérique et l'enseignement
Par Yves MASSOT : fait à Tours le 18 juin 2022

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Les tutos sont en ligne : Se perfectionner sur une fonctionnalité de logiciel devient, aujourd’hui, un jeu d’enfant. Il suffit de rechercher sur Internet, avec des mots clés appropriés, le tutoriel le mieux adapté à votre niveau ; en règle générale, il y a pléthore de solutions. Il suffit de s’armer de papier et stylo pour prendre des notes, agrémentées par quelques copies d’écran, et on obtient la bonne méthode pour poursuivre son travail ! Ensuite, il faut continuer à l’appliquer au risque de ne plus s’en souvenir… 

Voilà, à mon sens, la meilleure méthode à suivre pour apprendre et progresser en informatique. Paris ne s’est pas fait en un seul jour ! Pour accéder aux étages de la tour Eiffel, les escaliers se montent marche par marche… cependant, devant la multitude de tutoriels en ligne, il serait souhaitable de les sélectionner avec un classement et des notations professionnelles. Un genre de WikiTuto en quelque sorte…

L’enseignement à distance, pandémie oblige : La pandémie a été une période déterminante pour s’apercevoir de la faiblesse de notre dispositif numérique de l’enseignement à distance. Malgré cela et contre toute attente, les enseignants ont réussi à organiser leurs cours grâce aux applications de télétravail et de vidéoconférence. Ils ont fait preuve de créativité, de disponibilité et d’adaptabilité. La régression de l’apprentissage est à craindre entraînant sur de lourdes conséquences pour l’avenir de l’élève, et à plus grande échelle, un déclin économique et social certain à moyen terme. La DEPP - Direction de l’Évaluation, de la Prospective et de la Performance, qui est le service statistique du ministère en charge de l’éducation, s’est mobilisée pour apporter un éclairage sur la crise sanitaire et ses conséquences. Pour faire face à la demande, il a été produit pour l’année 2021, 341 millions d’unités d’ordinateurs dans le monde soit une progression de 30% par rapport au bilan 2019. 

La réforme de 2019 : Elle renforce l’enseignement de l’informatique dans tous les cursus du premier, second et troisième degré de l’enseignement. L’informatique devient une véritable spécialisation pédagogique à part entière, avec la création d’un CAPES et à terme d’une agrégation.

Il faut préparer les jeunes aux métiers du futur que je développerai dans le chapitre « L’entreprise de demain ».  

Selon le site du ministère de l’Éducation nationale, la discipline “Numérique et sciences informatiques” permettra l’appropriation des concepts et des méthodes qui fondent l’informatique, dans ses dimensions scientifiques et techniques”.  Elle sera fondée sur quatre concepts : les données, les algorithmes, les langages et les machines. Il faut donc former les professeurs à ces quatre piliers de la science informatique.

L’équipement : Mes fonctions électives (adjoint au maire de Tours) m’ont amené à être référent auprès de deux écoles primaires et un lycée professionnel. J’ai aussi visité plusieurs établissements et j’ai pu constater de grandes disparités, à la fois dans la qualité du bâti ainsi que dans l’équipement, et celui de l’informatique en particulier. Quand on sait que cette double responsabilité auprès des écoles primaires dépend de la municipalité, que les collèges relèvent de la compétence du département et pour le lycée, c’est la région qui prend le relais. Comme il n’y a aucune organisation ni concertation entre ces trois niveaux, les disparités et les inégalités sont patentes. À Tours, devant ce miséreux constat, nous avons été amenés à élaborer en urgence un plan-école. Affaire à suivre… 

Même si des efforts ont été réalisés par de nombreuses régions dans l’équipement des élèves par certaines collectivités locales (Ville, Département, Région), on peut noter aussi des inégalités entre les différents niveaux. Selon l’INSEE, sur l’année scolaire 2018-2019, on relève 14.4 ordinateurs pour 100 élèves d’élémentaire, contre 33.8 % pour collèges, 43.9 % pour les lycées et 62 % pour les lycées professionnels. De la même manière, l’aide à l’équipement personnel des élèves varie également entre les divers territoires.

Grâce à mes responsabilités associatives, j’ai poursuivi ce travail en réalisant un comparatif complet des groupes scolaires primaires de Tours-Nord.  Mes conclusions sont désastreuses y compris au niveau des effectifs par classe et de la répartition des établissements sur le territoire. Dire que la carte scolaire n’est toujours pas déterminée serait surabondant…

 

Le téléphone portable : il faut aussi développer un enseignement utilisant davantage le téléphone portable et les fonctionnalités des applications. En 2021, 94 % des 15-29 ans ont un smartphone. Et cela concerne aussi plus de la moitié des enfants, 55 % des enfants de 7 à 14 ans. Là encore, les pratiques doivent évoluer et l’usage pédagogique du téléphone doit être mis en avant. Un proviseur d’un célèbre lycée à Tours m’a dit : le téléphone portable, c’est le prolongement du cerveau !

Pronote : Pronote est un logiciel développé par une société privée qui a pour but de mettre en relation les professeurs, les parents, les élèves, la direction de l’établissement et l’académie.  Ainsi, les emplois du temps, les notes et les absences sont gérés et transmis aux parents. Les professeurs l'utilisent pour saisir les notes, leurs appréciations ou les absences et diffusent les devoirs et les outils pédagogiques nécessaires aux élèves lesquels disposent d’un espace où ils peuvent communiquer entre eux. D’une façon générale, ce dispositif permet à chaque groupe d’utilisateurs de recevoir et d’émettre des documents, d’échanger des informations et documents, en fonction de leur statut. En termes d’informatique on appelle ça, la gestion des droits.  

C’est sans aucun doute une grande avancée de l’administration qui de ce fait, rend l’information transparente et implique beaucoup plus les parents dans le suivi et le contrôle de leur enfant dans la poursuite de leurs études. Cependant, ce logiciel est souvent sous-utilisé du fait d’un manque de formation des enseignants (création de QCM, messagerie…)

Parcoursup : Parcoursup est une plateforme nationale de préinscription en première année de l’enseignement supérieur en France. L’étudiant, souhaitant poursuivre ses études supérieures, peut s’inscrire et trouver tous les renseignements utiles sur les 19500 formations répertoriées grâce à un puissant moteur de recherche. Après avoir constitué son dossier, il disposera d’un délai pour formuler et hiérarchiser ses vœux d’admission ; il recevra ensuite toutes les réponses correspondantes. Afin de bien présenter cette plateforme, une vidéo très didactique est à la disposition des utilisateurs. 

Parcoursup fait l’objet de critiques acerbes, car la sélection se fait exclusivement sur le mérite « qui règne de façon hégémonique ». La critique vient aussi du manque de clarté des éléments de choix dans les algorithmes utilisés même si la plateforme précise les compétences attendues, la non-hiérarchisation des candidatures, la multiplication des vœux renvoyant les élèves « dits moyens » sur de  longues listes d’attente.

 

Pix : c'est un service public, gratuit, français, et en ligne proposé par la DINUM – Direction interministérielle du numérique. Cette plateforme permet d’évaluer, de développer et de certifier les compétences du numérique aux utilisateurs.  Pix permet de se tester dans 5 domaines : information et données, communication et collaboration, création de contenu, protection et sécurité, environnement numérique, grâce à seize tests de compétences. Le service propose également la certification du niveau acquis auprès d'un centre agréé en France. Cette certification, valable 3 ans, reconnue par l’État et le monde professionnel, est la nouvelle certification des compétences numériques de tous les élèves et étudiants de France depuis septembre 2019. 

Pix remplace officiellement le certificat informatique et internet (C2i), le brevet informatique et internet(B2i) et le passeport internet multimédia (PIM).

Pix doit permettre au jeune d’évoluer, d’atteindre des paliers, de se perfectionner et de valider de nombreux points dans les 16 compétences attendues. Les enseignants peuvent alors proposer des activités spécifiques, mais là encore il faut développer la pratique et la formation des enseignants. 

Données PIX

Les Espaces Numériques de Travail = ENT : il n’y a pas d’homogénéisation au niveau des territoires. La région centre a créé, par exemple, NetOCentre, un véritable espace numérique de travail avec des outils collaboratifs, des lieux de partage (moodle, pearltrees), de l’écriture collaborative, etc.

Ces outils ont trouvé leur avènement pendant la crise sanitaire.

NetOCentre du lycée Descartes de Tours est particulièrement bien construit, moderne, sobre, avec de nombreuses rubriques et des liens pour accéder aux autres applications comme Pronotes. On peut aussi découvrir la photo de classe de Léopold Senghor en 1936-1937. 

Données : https://eduscol.education.fr/1050/espaces-numeriques-de-travail

 

Conclusion : comme dans la plupart des cas, on additionne les applications avec des techniques et des conceptions complètement différentes alors que le donneur d’ordre est toujours le même, c’est-à-dire l’état ! La conception d’une architecture informatique est indispensable lorsqu’on s’adresse à un grand nombre d’utilisateurs  soit : 12 257 200 élèves du premier et deuxième cycle et 869 300 enseignants répartis dans 59 650 établissements (bilan 2020) et presque 3 millions d’étudiants du troisième cycle. C’est dire si la tâche est colossale !

Il faut donc à chaque fois se connecter avec un identifiant et un mot de passe spécifique. Quant au workflow, il n’est tendance du tout, ce qui contraint l’utilisateur à ressaisir une partie des informations contenues dans une application, sur les autres. 

Parcoursup peut être à terme une source d’information statistique intéressante pour quantifier les flux d’étudiants se dirigeant vers les différentes grandes branches professionnelles. En regard, les régions auraient grand intérêt à développer les GPECT – Gestion Prévisionnelle de l’Emploi et des Carrières du Territoire, ce qui permettrait d’ajuster l’orientation des étudiants vers les filières en forte tension et non pas vers les métiers en grandes difficultés, car condamnées à disparaître à terme.

L’Éducation nationale est indubitablement orientée vers les techniques de l’information et de la communication et on ne peut que s’en réjouir, car l’école de demain doit être attractive, inclusive, connectée et respectueuse de l’environnement.

Malheureusement, il y a un grand absent dans l’inventaire des logiciels de l’éducation nationale ; celui des ressources humaines et de la rémunération. La plus grande des réformes serait de s’atteler à ce projet ; en le développant, on n’est pas à l’abri de nombreuses surprises… pour le meilleur et pour le pire !