Souvenirs de mai 68

Mis à jour : mars 7

Mémo : Dans la vie, il y a de bons et de mauvais moments qui vous laissent des souvenirs indélébiles. J’ai vécu les évènements de mai 68 d’une façon bizarre. Mes études étant terminées, j’ai intégré début janvier 1968, le 5e bataillon de transmission à la caserne Drouot basée à Mulhouse. Étant éloigné de tout et surtout des miens, j’avais qu’une seule idée en tête ; partir en permission ! Et oui, Mulhouse en plein hiver ressemble étrangement à la Sibérie. Tous ces sacrifices étaient nécessaires pour faire de moi un homme... Je pouffe ! 😤


Confinement : Aussi bizarre que cela puisse paraître, pour partir en perm, il fallait avoir la permission. Répétition, me diriez-vous ? Pas forcément, car pour l’obtenir, c'était plutôt le parcours du combattant. Il fallait être rasé frais, coiffé court, sapé comme un maréchal, et surtout n‘avoir aucun antécédent disciplinaire de quel ordre que ce soit. Malgré tout cela, nous avons traversé la période de mai 68 sans permission (plus de 3 mois) rallongé de plusieurs semaines de confinement à cause d'une épidémie de rubéole…


De Gaulle calme le jeu et claque la porte : alors que la pétaudière régnait, nous sommes restés la majeure partie de notre temps en manœuvre dans les Vosges et à Mourmelon. Je me souviens que le 29 mai dès potron-minet, on nous a envoyés illico presto dans les Vosges, histoire d’aller voir si l’on y était… Quelques jours après, nous avons appris que le Général de Gaulle était passé à Mulhouse prendre son gendre, le Général de Boissieux, pour rejoindre le Général Massu à Baden-Baden. Le lendemain, le 30 mai, il prononçait son fameux discours qui a mis fin à la "chienlit". Il a déclaré solennellement rester au pouvoir, dissoudre l’assemblée et reporter de quelques mois le référendum.


Nos chemins se croisent : la suite, on la connaît ; il gagne les législatives, mais le résultat du référendum le désavoue. Il claque la porte de l'Élysée et retourne à Colombey-les-deux Églises avec Tante Yvonne . Pour la petite histoire, je suis démobilisé le même jour, et je le croise sur la route. J’ai vu arriver à contre sens trois DS noirs ; j’ai ralenti et j’ai l’ai aperçu dans le véhicule du milieu. Mais que doit-on retenir de tous ces instants ?


Comportement de l'armée de métier : Nous avons traversé une très mauvaise période où les petits chefs, le couteau entre les dents, pensaient pouvoir en découdre avec les révolutionnaires, en se distinguant par des actes de bravoure pour glaner quelques médailles. Ce ne sont pas de bons souvenirs !


Qu'en pense le bidasse : nous n’avons pas été à la fête, car nous avons vécu des instants de grand stress. En le cas d'une généralisation du conflit, nous aurions été contraints de dresser les armes contre nos semblables. Il faut rappeler que c'est dans cette éventualité que le Général de Gaulle est allé voir les chefs militaires afin d'avoir le soutien de l’armée française.. Ce ne sont pas de bons souvenirs !


Du côté des barricades : je me souviens très bien d’un agité, Dany le rouge, rouquin, laid, hargneux et haineux qui passait son temps à faire monter la mayonnaise du haut des barricades. Le mouvement libertaire, anarchique a finalement fait « pschitt ». Aujourd’hui, 50 ans après, il tente de jouer à l’historien patenté, au moralisateur des temps modernes et au politique éclairé, mais comme il n’a jamais été crédible, ce n’est pas maintenant qu’il va le devenir.


Bilan des échauffourées : De ces affrontements, nous aurons à déplorer 7 morts, 2000 blessés dont 200 graves, selon le ministre de l'Intérieur Raymond Marcellin de l’époque sans comptabiliser les dégâts matériel.


Sur le plan politique : de cette période, il ne restera qu'un profond malaise, car rien n’est jamais sorti de positif du désordre. Nous sommes en démocratie et ce n’est pas la rue qui gouverne. Mitterrand frappait déjà à la porte de l’Élysée et pour l'enfoncer, il était prêt à tout. Comme Ponce Pilate, des évènements de mai 68, il a toujours voulu s'en laver les mains, mais l'initié ne restera pas dupe ! Il est passé sous la table et ne ressortira qu'en 1981.


La violence est l'arme des faibles : je suis viscéralement contre le désordre, la violence et toute forme d’expression agressive. En général, ça se termine très mal et les évènements du défilé du 1er mai 2019 me donnent encore raison. Il y a un sévère paradoxe, car les Français veulent améliorer leurs conditions de vie, mais refusent le changement.


Un non-événement : j’espère que les historiens gommeront cette mauvaise période qui n’a absolument rien apporté sauf les accords de Grenelle. Le Général de Gaulle a profondément réformé nos institutions avec le droit de vote des femmes, la constitution de la 5e République, l’intéressement et la participation dans les entreprises, la création des CHRU, la création des maisons de la culture et la réhabilitation du patrimoine avec la loi Malraux, etc. Il n'y a pas eu besoin d'un mai 68 pour tout ça !


La rogne, la grogne et la baston dominent depuis des lustres dans notre cher pays et lorsqu’on a fini de compter les morts et les blessés, on hisse le drapeau blanc et la concertation et la négociation débutent. Quel gâchis !

« L’ampleur de l’évènement est sans commune mesure avec ses conséquences et mai 68 à certains égards est un échec », conclut Patrice Maniglier, Philosophe, Maître de conférences à l’université de Paris-Ouest-Nanterre-la-Défense.


33 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout