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Souvenirs de mai 68

Dernière mise à jour : 23 juin 2023



Mémo : dans la vie, les bons comme les mauvais moments vous laissent des souvenirs indélébiles. J’ai vécu les évènements de mai 68 bizarrement. Une fois mes études terminées, j’ai intégré, début janvier 1968, le 5e bataillon de transmission à la caserne Drouot basée à Mulhouse. Étant éloigné de tout et surtout des miens, j’avais qu’une seule idée en tête : partir en permission ! Pour l’obtenir, Il fallait être rasé, coiffé court, sapé comme un maréchal, et surtout n’avoir aucun antécédent disciplinaire. Contre toute attente, nous avons traversé la période des évènements de mai 68 isolés de tout pendant 3 mois. Une épidémie de rubéole s’est imposée dans la chambrée rallongeant le séjour d’enfermement de plusieurs semaines.


De Gaulle calme le jeu et claque la porte : alors que les barricades s’érigeaient dans les rues du Quartier latin, notre hiérarchie militaire nous a organisé plusieurs circuits touristiques dans les Vosges et au camp de Mourmelon. À peine rentrés au bercail, au petit matin du 29 mai, nous sommes repartis en excursion. Peu de temps après, nous avons appris que le Général de Gaulle était venu discrètement à Mulhouse rendre visite à son gendre, le Général de Boissieux. Ensuite, ils sont allés à Baden-Baden pour rencontrer Massu, commandant les forces françaises en Allemagne. Le lendemain, le 30 mai, il prononçait son fameux discours et fort heureusement, il mit fin à la « chienlit ». Il a déclaré solennellement rester au pouvoir, dissoudre l’assemblée et reporter de quelques mois le référendum.


Nos chemins se croisent : la suite, on la connaît ; il gagne les législatives, mais le résultat du scrutin le désavoue. Il claque la porte de l’Élysée et retourne dans son fief à Colombey-les-deux Églises, avec Tante Yvonne. Pour la petite histoire, je suis démobilisé le même jour, et je le croise sur la route. J’ai vu arriver à contre sens un convoi de voitures officielles ; j’ai ralenti et j’ai l’ai aperçu dans le véhicule du milieu, une DS.


Comportement de l’armée de métier : nous avons traversé une très mauvaise période où les chefaillons d’opérette, le couteau entre les dents, voulaient en découdre avec les révolutionnaires, en se distinguant par des actes de bravoure afin de glaner quelques médailles. Ce ne sont pas de bons souvenirs !


Qu’en pense le bidasse : le mal être nous a gagné, car nous avons vécu des instants de grand stress. Dans l’hypothèse d’une extension du conflit, nous nous serions battus contre nos semblables. Rappelons que cette éventualité a incité le Général de Gaulle à rencontrer les principaux responsables militaires afin d’avoir leur soutien.


Du côté du Quartier latin : je me souviens très bien qu’un agité, Dany le rouge, rouquin, laid, hargneux et haineux, faisait monter la mayonnaise du haut des barricades. Le mouvement libertaire, anarchique a finalement fait « pschitt ». 50 ans après, il joue à l’historien patenté, au moralisateur des temps modernes et au politicard éclairé. Comme il n’a jamais été crédible, ce n’est pas maintenant qu’il va le devenir. Je reproche aux médias d’aujourd’hui de lui faire une place qu’il ne mérite absolument pas.


Bilan des échauffourées : de ces affrontements, nous aurons à déplorer 7 morts, 2000 blessés dont 200 graves, selon le ministre de l’Intérieur de l’époque, Raymond Marcellin, sans comptabiliser les dégâts matériels.


Sur le plan politique : de cette période, il ne restera qu’un profond malaise, car rien n’est jamais sorti de positif du désordre. Nous sommes en démocratie et ce n’est pas la rue qui gouverne. Mitterrand frappait déjà à la porte de l’Élysée et pour l’enfoncer, il était prêt à tout. Comme Ponce Pilate, de mai 68, il a toujours voulu s’en laver les mains, mais l’initié ne sera pas dupe ! Il s’est éclipsé de cet embrouillamini et ne ressortira qu’en 1981. Tout comme Mélenchon, pour arriver au pouvoir, toutes les manœuvres sont bonnes…


La violence est l’arme des faibles : je suis viscéralement contre le désordre, et toute forme d’expression agressive. En général, ça se termine très mal et les évènements du défilé du 1er mai 2019 me donnent encore raison. Le comportement des Français est paradoxal, car ils veulent améliorer leurs conditions de vie, mais refusent le changement.


Un fiasco : j’espère que les historiens gommeront cette mauvaise période qui n’a absolument rien apporté sauf les accords de Grenelle. Le Général de Gaulle a profondément réformé nos institutions avec le droit de vote des femmes, la constitution de la 5e République, l’intéressement et la participation dans les entreprises, la création des CHRU et des maisons de la culture ainsi que la réhabilitation du patrimoine avec la loi Malraux.


La rogne, la grogne et la baston dominent depuis des lustres dans notre cher pays. Après avoir hissé le drapeau blanc, le recensement des morts et des blessés commence et les dégâts sont évalués. La concertation et la négociation ne débutent qu’après. Quel gâchis !

« L’ampleur de l’évènement est sans commune mesure avec ses conséquences et mai 68 à certains égards est un échec », conclut Patrice Maniglier, Philosophe, Maître de conférences à l’université de Paris-Ouest-Nanterre-la-Défense.

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