Souvenirs de mai 68

Mis à jour : nov. 12

Mémo : Dans la vie, il y a des bons et des mauvais moments qui vous laissent des souvenirs indélébiles. J’ai vécu les évènements de Mai 68 d’une façon bizarre. Mes études étant terminées, j’ai intégré début janvier 1968, le 57ème bataillon de transmission à la caserne Drouot basée à Mulhouse. Étant éloigné de tout et surtout des miens, j’avais qu’une seule idée en tête ; partir en permission ! Et oui, Mulhouse en plein hiver ressemble étrangement à la Sibérie. Tous ces sacrifices étaient nécessaires pour faire de moi un homme... Je pouffe ! 😤

Confinement : Aussi bizarre que cela puisse paraître, pour partir en perm, il fallait avoir la permission. Répétition, me diriez-vous ? Pas forcément, car pour l’obtenir, c'était plutôt le parcours du combattant. Il fallait être rasé frais, coiffé court, sapé comme un maréchal et surtout n’avoir aucun antécédent disciplinaire de quel ordre que ce soit. Malgré tout cela, nous avons traversé la période de mai 68 sans permission (plus de 3 mois) rallongé de plusieurs semaines pour une épidémie de rubéole…

De Gaulle calme le jeu et claque la porte : Alors que la pétaudière régnait, nous avons passé la majeure partie de notre temps en manœuvre dans les Vosges et à Mourmelon. Je me souviens que le 29 mai dès potron-minet, on nous a envoyé fissa dans les Vosges, histoire d’aller voir si on y était… Quelques jours après, nous avons appris que le Général de Gaulle était passé à Mulhouse prendre son gendre, le Général de Boissieux, pour rejoindre le Général Massu à Baden-Baden. Le lendemain, le 30 mai, il prononçait son fameux discours qui a mis fin à la "chienlit". Il a déclaré solennellement rester au pouvoir, dissoudre l’assemblée et reporter de quelques mois le référendum.

Nos chemins se croisent : La suite, on la connait ; il gagne les législatives mais le résultat du référendum le désavoue. De colère, il claque la porte de l'Élysée et retourne à la maison avec Yvonne à Colombey-les-deux Églises. Pour la petite histoire, je suis démobilisé le même jour que son retour et je le croise sur la route. J’ai vu arriver à contre sens trois DS noires ; j’ai ralenti et j’ai l’ai bien aperçu dans le véhicule du milieu. Mais que doit-on retenir de tous ces instants ?

Comportement de l'armée de métier : Nous avons traversé une très mauvaise période où les petits chefs, le couteau entre les dents, pensaient pouvoir en découdre avec les révolutionnaires, en se distinguant par des actes de bravoure pour récolter un maximum de médailles. Ce ne sont pas des bons souvenirs !

Qu'en pense le bidasse : Nous n’avons pas été à la fête car nous avons vécu des instants de grand stress. À tout moment, la situation pouvait dégénérer et nous aurions été contraint de dresser les armes contre nos semblables. Il faut rappeler que le Général de Gaulle est allé voir les chefs militaires afin d'avoir le soutien de l’armée Française en cas de généralisation du conflit. Ce ne sont pas des bons souvenirs !

Du côté des barricades : je me souviens très bien d’un agité, Dany le rouge, rouquin, laid, hargneux et haineux qui passait son temps à faire monter la mayonnaise du haut des barricades. Le mouvement libertaire, anarchique a finalement fait « pschitt ». Aujourd’hui, 50 ans après, il tente de jouer à l’historien patenté, au moralisateur des temps modernes et politique éclairé mais comme il n’a jamais été crédible, ce n’est pas maintenant qu’il va le devenir.

Bilan des échauffourées : De ces affrontements, nous aurons à déplorer 7 morts, 2000 blessés dont 200 graves, selon le ministre de l'Intérieur Raymond Marcellin de l’époque.

Sur le plan politique : de cette période, il ne restera qu'un profond malaise car rien n’est jamais sorti de positif du désordre. Nous sommes en démocratie et ce n’est pas la rue qui gouverne. Mitterrand frappait déjà à la porte de l’Elysée et pour l'enfoncer, il était prêt à tout. Comme Ponce Pilate, des évènements de mai 68, il a toujours voulu s'en laver les mains mais l'initié ne restera pas dupe ! Il est passé sous la table et ne ressortira qu'en 1981.

La violence est l'arme des faibles : je suis viscéralement contre le désordre, la violence et toute forme d’expression agressive. En général, ça se termine très mal et les évènements du défilé du 1er mai 2019 me donnent encore raison. Il y a un sévère paradoxe car les français veulent améliorer leurs conditions de vie mais refusent le changement.

Un non évènement : j’espère que les historiens gommeront cette mauvaise période qui n’a absolument rien apporté sauf les accords de Grenelle. Le Général de Gaulle a profondément réformé nos institutions avec le droit de vote des femmes, la constitution de la 5ème République, l’intéressement et la participation dans les entreprises, la création des CHRU, la création des maisons de la culture et la réhabilitation du patrimoine avec la loi Malraux, etc. Il n'y a pas eu besoin d'un mai 68 pour tout ça !

La rogne, la grogne et la baston dominent depuis des lustres dans notre cher pays et lorsqu’on a fini de compter les morts et les blessés, on hisse le drapeau blanc et la concertation et la négociation débutent. Quel gâchis !

« L’ampleur de l’évènement est sans commune mesure avec ses conséquences et Mai 68 à certains égards est un échec »conclue Patrice Maniglier, Philosophe, Maître de conférence à l’université de Paris-Ouest-Nanterre-la-Défense.



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Outils utilisés : Éditeur Wix - Design Canva - Photos libres de droit Pixabay - Création citation et humour de la semaine : Yves Massot ©

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